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Les activités de l'équipe TIP s’inscrivent dans le prolongement de travaux récents qui, s’appuyant sur des logiciels pour l’analyse de données généalogiques, ont ouvert une voie nouvelle à l’étude des structures empiriques de parenté et de mariage.
Mettant en commun des matériaux et des compétences propres à ces diverses disciplines, l’équipe développe de nouveaux outils conceptuels et techniques pour le traitement informatique des phénomènes de parenté. Abordant des corpus généalogiques issus de diverses régions et d’époques sous un angle qui les rende directement comparables, à savoir, celui des réseaux qui résultent des connexions entre les multiples relations de descendance et de mariage qui composent ces corpus, les membres du groupe TIP cherchent à mieux comprendre les principes régissant l’agrégation des pratiques matrimoniales. Cette réflexion collective autant théorique que technique comporte notamment l’élaboration d’algorithmes informatiques qui répondent à deux types objectifs conçus comme complémentaires. L’un est la mise en évidence, dans une optique comparative, des formes d’organisation récurrentes ; les réseaux de parenté sont envisagés ici en tant que systèmes, c’est-à-dire comme des totalités structurées régies par des dynamiques internes dont la modélisation reste à faire. L’autre est le souci d’identifier avec précision les acteurs et leurs attributs sociaux au sein des réseaux de parenté considérés ; ces réseaux offrent en effet un champ privilégié à l’étude du fonctionnement social et de son évolution, faisant intervenir aussi bien des déterminations internes à la parenté stricto sensu (terminologies, système d’attitudes, etc.), que d’autres qui lui sont extérieures (itinéraires socioprofessionnels, choix résidentiels, etc.).
La démarche qui anime les recherches de l’équipe TIP s’origine avec les activités du Groupe de Recherche Informatique et Parenté (GRIP, responsable Michael Houseman) réunissant des ethnologues de diverses institutions (Université Paris X – Nanterre, Université de Cologne, Université de Californie Irvine) s'intéressant au développement et à l'exploitation de logiciels pour l'analyse des faits de parenté. Les travaux menés par les membres de ce groupe ainsi que plusieurs journées d’études (1993-1997) ont permis d’évaluer différents types de logiciels (Par-calc et Pgraph de Douglas White, Genos de Laurent Barry, UCINET de Steve Borgatti, etc.), de constituer un premier échantillon de corpus généalogiques, et de poser un certain nombre de bases pour une réflexion commune sur l’analyse des réseaux de parenté[1]. Cette réflexion a été poursuivie au sein du projet « ATIP jeunes chercheurs » du CNRS « Traitement Informatique des Matériaux Ethnographiques TIME (responsable Laurent Barry) », dont un des volets portait sur le traitement informatique des pratiques de parenté . Un travail collectif mené dans le cadre de ce projet (2002-2004)[2] a permis d’aboutir à des résultats importants parmi lesquels, outre le repérage et le codage de nombreux corpus généalogiques supplémentaires, on retiendra : l’introduction de la notion d’« anneau matrimonial »[3], l’identification et l’ordonnancement de l’ensemble des renchaînements possibles intégrant deux liens d’affinités (« redoublements ») dans les limites du premier degré de cousinage, l’élaboration d’une formule permettant d’énumérer les types possibles de renchaînement au sein d’une limite généalogique donnée, la création d’un logiciel permettant une plus grande compatibilité entre différents logiciels généalogiques, et un premier « pack » de macro-instructions pour le traitement des réseaux de parenté sous le logiciel PAJEK d’Andrej Mrvar et de Vlado Batagelj pour l’analyse des grands réseaux sociaux (cf. Hamberger et al. 2004, White 2004). Ces macro-instructions, écrites par Klaus Hamberger, permettent notamment une décomposition des réseaux de parenté, un recensement des types de mariage dans les limites du 8e degré (civil) et la création de réseaux de « deuxième ordre » où les points représentent les différents types de mariage (de sorte que leur taille indique les fréquences de ces types) et les valeurs des lignes représentent les fréquences des intersections de ces types. Les réseaux de deuxième ordre, en permettant de mesurer les fréquences d’unions qui appartiennent à deux types de mariage simultanément, permettent d’évaluer les degrés d’interdépendance entre les différents types de mariage qui composent le corpus, et de comprendre la structure matrimoniale non seulement comme un simple assemblage d’unions de différents types mais comme une organisation complexe. Si l’étude du « choix du conjoint » est largement développée dans les travaux des historiens démographes, la question des systèmes d’alliance semble évoquée plus rarement. Il est vrai que la méthode de reconstitution des familles établie par Louis Henry, ne prêtait pas à ce type d’exploration. Cet outil méthodologique, à partir duquel la démographie historique française s’est développée, visait en premier lieu à calculer la fécondité des femmes de l’ancienne France. Le propos de son concepteur n’était pas de relier les « fiches de familles » nucléaires entre elles afin de construire des corpus généalogiques, rendant possible une analyse des réseaux de parenté. Depuis fin 2005, les recherches de l’équipe TIP se poursuivent conjointement entre ethnologues et historiens dans le cadre du projet « Traitement informatique des phénomènes de parenté en anthropologie et en histoire : une approche intégrée » (TIPP, responsables Michael Houseman et Cyril Grange) de l’Agence nationale de la recherche (ANR) Pour en savoir plus. Deux années de travail collectif ont permis d’élargir la base de données comparative sur les réseaux de parenté et de renouveler et améliorer le « pack » de macro-instructions sous Pajek. Mais surtout, ces années ont abouties à une modélisation particulière de la structure d’un anneau matrimonial, et à la création d’un logiciel original fondé sur des algorithmes issus de cette modélisation : Puck (Programme for the Use and Computation of Kinship Data) écrit en Java par Klaus Hamberger. Le logiciel Puck recense (sans double comptage) la totalité des configurations matrimoniales qui composent un réseau de parenté, sans autres restrictions que la longueur des chaînes qui les composent, avec des temps de réponse très courts. Les résultats peuvent être et sauvegardés comme des tableaux sous différentes clés de tri, étudiés au moyen de divers outils et visualisés sous la forme de diagrammes ou de réseaux. Il permet de segmenter les corpus généalogiques selon des critères endogènes ou exogènes à la parenté pour extraire des sous-corpus plus restreints, et d’effectuer, sur ces sous-corpus des recensements matrimoniaux globaux ou ciblés. Puck propose un masque de saisie mais permet aussi d’importer des corpus préalablement établis sous d’autres formats (tableaux, bases de données, réseaux, fichiers Gedcom), de les analyser, les manipuler et de les exporter sous tout format voulu. Enfin, il permet d’évaluer, par plusieurs indicateurs, la qualité du corpus généalogique utilisé quant á sa complétude, sa profondeur et sa densité, d’identifier ses divers biais, et de produire, par une simulation contrôlée, des structures aléatoires de qualité comparable pour pouvoir saisir les divergences entre des distributions réelles et simulées des fréquences de mariages (cf. articles des Annales, article pour l’Homme).
[1] Ont participé aux travaux du GRIP : Laurent Barry, Christoph Brumann, Sevrine Chaufour, Isabelle Daillant, Joachim Goerlich, François Héran, Michael Houseman, Dimitri Karadimas, Lothar Krempel, Olivier Kyburz, Hartmut Lang, Anne-Marie Peatrik, Michael Schnegg, Thomas Schweizer, Patricia Skyhorse, Anne-Christine Taylor, Eduardo Viveiros de Castro et Douglas White. [2] Ont participé à ce travail collectif : Laurent Barry, Isabelle Daillant, Klaus Hamberger, Michael Houseman et Douglas White. [3] Un anneau matrimonial est une série d’individus liés par des relations de mariage, d’ascendance et de descendance, de sorte que chaque individu est lié directement à exactement deux autres (et indirectement à tous les autres) sans qu’une relation de descendance puisse être suivie par une relation d’ascendance en l’absence d’une relation de mariage intermédiaire. Hamberger et al. 2004 donne une définition en termes de théorie de graphes.
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