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De novembre 2009 et jusqu’en octobre 2012,
le groupe TIP le projet réalise le projet SimPa (« Simulations
de la parenté / Kinship simulations »), financé par l’ANR dans
le cadre du programme SysComm (cliquez ici pour la présentation du programme
SysComm). Contexte et positionnement du projet
Les réseaux de parenté évoluent comme des systèmes
dynamiques. La position relative de deux personnes dans le réseau, c’est-à-dire
les chaînes formées par des mariages antérieurs et/ou par des liens de
descendance qui en découlent, influe sur la probabilité d’un mariage entre ces
deux personnes. Cette incidence peut être explicite (prescriptions ou
prohibitions de mariage entre certains types de parents ou d’affins), implicite
(préférences et stratégies), directe (en faisant intervenir les liens de
parenté entre des conjoints potentiels) ou indirecte (par l’intermédiaire de
facteurs résidentiels ou autres, qui sont à leur tour corrélés avec certaines
relations de parenté). Dans tous ces cas, certaines configurations cycliques –
« circuits matrimoniaux » – apparaissent plus fréquemment que d’autres
dans le réseau de parenté. La distribution des fréquences des différents types de
circuits matrimoniaux se présente ainsi comme une clé à la compréhension des
comportements matrimoniaux sous-jacents. Les études de parenté – en
anthropologie, sociologie ou histoire – ont en effet toujours procédé en
comptant les occurrences de certains types de circuits. Jadis restreinte à un
petit nombre de circuits « typiques » (les mariages entre cousins par
exemple), cette recherche peut aujourd’hui, grâce à des nouveaux outils
informatiques, être étendue en peu de temps à des centaines de types de
configurations dans des réseaux comptant plusieurs dizaines de milliers d’individus.
En même temps, de plus en plus de corpus généalogiques de grande taille
deviennent accessibles sous forme informatisée. Toutefois, cette nouvelle
richesse de données fait apparaître un problème profond qui a longtemps été
naïvement négligé : la fréquence
relative d’un certain type de mariage ne suffit pas pour fournir l’indice d’une
préférence relative. Or il n’existe
jusqu’à présent aucune méthode permettant d’inférer, à partir de la
distribution des circuits, les comportements matrimoniaux qui l’ont générée. Les
études de parenté se trouvent donc aujourd’hui dans la situation paradoxale où le
progrès des outils informatiques les a privées d’un instrument défectueux – le
simple comptage de circuits matrimoniaux – sans les munir d’un instrument plus
performant. Face à l’immense richesse des données nouvellement accessibles,
elles n’ont pas les moyens de les interpréter. Le premier objectif du projet
SimPa consiste à débloquer cette situation. Les circuits matrimoniaux ne représentent pas des événements
indépendants dont la probabilité pourrait se calculer à partir de la fréquence
des chaînes de parenté impliquées. Cette fréquence dépend elle-même des
circuits dans le réseau, de sorte que chaque mariage d’un type donné change la
probabilité de chaque type de mariage. Qui plus est, l’immense majorité de
circuits matrimoniaux se forment de façon mécanique par la composition d’autres
circuits, et représentent donc des artefacts du réseau plutôt qu’un indice
comportemental en soi. Pour pouvoir comprendre les règles comportementales qui
engendrent un certain profil de circuits matrimoniaux, il ne suffit pas de
considérer chaque type de circuit isolément. Il faut reproduire la morphologie globale du réseau, ce qui implique
forcément des techniques de simulation. Cette modélisation de l’émergence de
différents types de circuits dans un réseau de parenté exige une compréhension
approfondie de la formation de cycles dans des graphes faiblement acycliques. Tout en visant un verrou d’importance éminemment pratique
dans les études de parenté, le projet s’attaque donc à une problématique plus
fondamentale de la théorie des graphes liée à la formation de la structure des
réseaux sous la donnée de certains comportements individuels et locaux (soit la
« morphogenèse »), dont le traitement promet des répercussions sur d’autres
domaines de l’analyse des réseaux sociaux, voire des réseaux en général. Le problème de l’interprétation des motifs dans les réseaux
de parenté manifeste un aspect supplémentaire : les réseaux auxquels ont
affaire les anthropologues et historiens ne sont que des représentations
partielles et lacunaires du réseau de parenté réel. La distribution des
circuits dans ces réseaux traduit en partie des contraintes mnémoniques (y
compris les biais de recherche). La simulation des réseaux de parenté exige
donc la modélisation de la mémoire généalogique (genealogical recall) aussi bien que celle des comportements
matrimoniaux. Cette tâche exige le développement des techniques de
reconstruction des réseaux sous l’hypothèse de données manquantes et la mise en
place d’outils statistiques nouveaux concernant l’estimation de la présence de
motifs dans les graphes et, surtout, de leur représentativité. Si le projet s’intéresse donc particulièrement à certains
motifs propres aux réseaux de parenté, il permettra plus largement, du point de
vue théorique, de s’attaquer en toute généralité à des problèmes mathématiques
et statistiques pour lesquels la littérature actuelle reste encore très limitée.
Les spécificités structurelles des réseaux de parenté les qualifient comme
champ expérimental pour le développement des nouvelles méthodologies d’importance
pour l’analyse des réseaux en général, et des réseaux sociaux en particulier. Contexte et enjeux économiques et sociétaux
Le projet a pour but pratique de fournir aux chercheurs d’une
large gamme de disciplines travaillant avec des corpus généalogiques
(anthropologie, histoire, démographie, sociologie, études des migrations,
génétique, etc.) des instruments fiables et pertinents pour interpréter et
évaluer leurs données. Les apports sociaux et économiques des résultats du
projet sont donc surtout indirects – ce sont les enjeux des recherches que les
instruments produits rendront possibles. Ceci vaut encore plus des avancées
méthodologiques attendues dans le domaine de la théorie des graphes, de la
statistique des événements réticulaires et de la simulation sous contrainte de
données manquantes. A cet égard, le champ d’applications possibles coïncide en
fin de compte avec celui de l’analyse des réseaux sociaux. Tout en relevant de
la recherche fondamentale, le projet se fixe comme objectif de résoudre un
problème concret qui verrouille jusqu’à présent tout un champ de recherche concernant
les réseaux empiriques. C’est en situant ce problème dans un contexte
mathématique plus large que cette recherche envisage d’arriver à une solution
fertile pour le traitement d’autres problèmes du même type (relation entre
comportement et structure globale, sous contraintes fortes, reconstruction de
données de réseaux empiriques et complétion de corpus, notamment). Positionnement du projet
Le projet SimPa se situe dans la perspective du
développement de méthodes mathématiques pour modéliser la dynamique des réseaux
sociaux. La modélisation des réseaux en général et des réseaux
sociaux en particulier occupe actuellement de nombreuses équipes, au sein de
projets financés au niveau européen et international qui, à partir de
différents terrains – communautés en ligne, réseaux de collaboration, réseaux
pair-à-pair et IP, réseaux urbains, etc. – visent essentiellement à rendre
compte de motifs structurels (communautés, particularités topologiques) et à
modéliser leur formation en tant que systèmes complexes. SimPa s’inscrit dans la lignée de ces efforts, en s’en
distinguant par trois aspects essentiels et jusqu’ici largement
inexplorés : (1) L’exhaustivité du corpus empirique n’est généralement
pas remise en cause, et le biais potentiellement induit n’est généralement pas
étudié, en dehors des études de cas très ponctuelles mentionnés dans l’état de
l’art (section 2.1). SimPa se situe en amont des projets s’appuyant sur des
graphes de terrain en ambitionnant de résoudre de manière générique la question
de la reconstruction des données réelles partielles et/ou biaisées. SimPa se
rapproche par ailleurs de projets de métrologie de graphes développés en
informatique, notamment dans le cadre des réseaux IP (même si ces derniers
travaux s’appuient sur des protocoles de collecte relativement particuliers
comme l’envoi de sondes sur les réseaux). (2) Bien que de très gros efforts ont été menés autour de la
détection de motifs (CFinder, Toscana, MFinder, etc.), la question de la
corrélation entre fréquences d’apparition de motifs reste souvent inexplorée.
La modélisation de SimPa est centrée sur la question de l’apparition conjointe
de certains motifs et l’induction potentielle d’artefacts d’observation, et non
pas sur celle de la corrélation entre certains effets contribuant à la
dynamique de création de liens. C’est le cas notamment des équipes travaillant
autour de la plate-forme SIENA, par ailleurs centrées sur l’étude de réseaux
complets et ne comportant donc pas d’enjeux liés à la reconstruction. SimPa ne
vise effectivement pas à définir ou détecter des motifs, mais plutôt à détecter
en quoi des motifs connus sont ou non significatifs, tout en prenant en compte
les corrélations dues aux effets de réseau. (3) Le cadre des réseaux de parenté, très contraints,
constitue un cadre original et privilégié pour résoudre ces problèmes. Souvent
abordés comme des réseaux ego-centrés (par exemple le projet KASS sur le rôle
des réseaux familiaux dans l’assistance mutuelle), leurs propriétés en tant que
réseaux d’interaction multicentriques, faisant intervenir l’interdépendance d’une
pluralité d’événements, ont fait l’objet de peu de travaux. Les rares projets s’interrogeant
sur les propriétés émergentes des réseaux de parenté, celui de D. R. White et
F. Harary sur les phénomènes de cohésion (NSF 2002), celui de l’équipe TIPP
(ANR 2005), ont souligné le besoin de travaux sur le fonctionnement de ces
réseaux en tant que systèmes complexes, fondés sur une modélisation
mathématique et statistique adéquate. C’est une telle modélisation que propose
SimPa. Description scientifique et technique
État de l’art
Les études de parenté ne se sont
que récemment doté des moyens informatiques nécessaires pour une analyse
empirique des pratiques matrimoniales, pourtant fondement de tout système de
parenté. Bien que l’ordinateur ait été introduit depuis les années 1970 dans ce
champ de recherche (Coult et Randolph 1965 ; Gilbert et Hammel
1966 ; Héritier 1974), et qu’un nombre croissant de travaux témoigne du
recours aux outils informatiques (voir notamment : Héritier 1981, Delille
1985, Segalen et Richard 1986, Cazes et Guignard 1991, Selz 1994, Houseman et
White 1996, Barry 1998, White et Johanson 2004), la plupart des logiciels
disponibles ne permettaient que de rechercher certains types de mariages
spécifiés au préalable. Cette situation a changé avec le développement de
logiciels permettant de recenser la totalité des circuits matrimoniaux dans un
réseau de parenté : Par-Calc de Douglas White (1992-1996, voir
White et Jorion 1992), Genos de Laurent Barry (1996-1997, voir Barry
1996, 2004), et plus récemment Puck de Klaus Hamberger (2007-2009, voir
Hamberger, Houseman et Grange 2009). Nous disposons désormais des moyens de
repérer et de compter des milliers de circuits matrimoniaux de centaines de
types différents. Paradoxalement, ce
nouvel accès à des données quantitatives infiniment plus riches et complètes qu’à
l’époque classique des décomptages « à la main » pose les études de
parenté devant des problèmes méthodologiques jusqu’alors naïvement négligés. Tant
que les analyses se bornaient à un petit nombre de types de configurations
supposés importants pour le comportement matrimonial, types dont la
distribution était supposée aléatoire, les fréquences relatives des
configurations de mariage ont pu être appréhendées comme fournissant une image
simple et directe des règles matrimoniales d’une société. Dans maints travaux,
des décomptages de mariages entre certains types de parents (notamment entre les
quatre types de cousins germains) sont ainsi présentés comme démonstration
immédiate des préférences ou évitements matrimoniaux prévalant dans la société
examinée. Or, les configurations ainsi décomptées sont inséparablement
imbriquées avec des centaines de configurations différentes, dont les
fréquences relatives ne sauraient être interprétées, telles quelles, comme des indicateurs
comportementaux statistiquement significatifs. En effet, l’idée naïve d’un lien
simple et direct entre fréquence et préférence doit être abandonnée pour au
moins deux raisons : 1. La fréquence d’un
lien de parenté entre conjoints, aussi grande soit-elle relativement aux autres
liens (de longueur et de structure comparables), n’est significative que si l’on
connaît la fréquence attendue de
cette configuration dans un réseau de parenté (1) où tous les mariages se
seraient conclus au hasard et (2) qui présenterait exactement les mêmes lacunes
et biais que le corpus généalogique considéré. Or, il n’y a aucun réseau
réaliste où les mariages sont totalement indépendants de la parenté (personne n’épouse
sa sœur, la co-résidence augmente à la fois la probabilité d’un mariage et d’un
lien de cousinage, etc.), et les lacunes et biais d’un corpus sont eux-mêmes
dépendants des structures de parenté en vigueur (une règle de résidence
patrilocale augmente les lacunes dans le réseau des liens utérins, la polygamie
introduit une distorsion agnatique, etc.). Pour estimer la significativité des
motifs dans des réseaux de parenté, les méthodes classiques de statistique s’avèrent
inadéquates – il faut une modélisation qui rende compte du caractère de réseau
et des corrélations sous-jacentes entre les différentes observations. Certes, la
modélisation statistique de réseaux sociaux a connu d’importantes évolutions
depuis quelques années. Si la régression p1 permettait de modéliser les dyades
(Holland et Leinhardt, 1981), elle ne prenait pas entièrement en compte les
triades, et donc les aspects structurels du réseau (Federco de la Rua, 2004).
La régression p* (Wassermann et Pattison, 1996) permet de lever ces
contraintes, mais les résultats restent difficiles à interpréter. Le modèle
Siena (Snijders, 2005) permet de modéliser des données de réseau dans un cadre
longitudinal, mais dans un réseau complet. Toutefois, il n’existe pas encore d’études
sur la transposition de ces méthodes dans le cadre des observations de
motifs/structures, ni dans le cadre spécifique de réseaux de parenté (ou d’autres
types de réseaux faiblement acycliques), dont le traitement peut exiger un
autre cadre d’analyse. 2. Même si une
configuration matrimoniale est reconnue comme significative, elle ne fait pas
forcément l’objet, en soi, d’une préférence ou d’un évitement direct. La grande
majorité des configurations matrimoniales qui se forment dans un réseau de
parenté sont sans aucune signification sociologique intrinsèque, et
représentent de simples sous-produits
de comportements matrimoniaux visant à établir ou à éviter des configurations d’autres
types. Cette interdépendance des anneaux matrimoniaux peut être d’ordre purement
mathématique. Ainsi, par exemple, un évitement de mariages avec la sœur de la
mère (MZ), combiné avec une préférence pour la fille de la sœur (ZD) se traduit
automatiquement par l’évitement relatif de mariages avec la fille de la sœur du
père (FZD), etc. (Leach, [1952] 1968 ; Rivière, 1969). Mais cette interdépendance peut aussi avoir
des soubassements sociologiques. Chez les Peul (Sénégal) par exemple, le fils
peut d’autant plus facilement épouser la fille d’un frère de mère (MBD) si son père
avait lui-même épousé une fille de frère de père (FBD) (Barry, 1998). Plus généralement, la détermination empirique des relations
dans les réseaux empiriques peut souffrir de divers biais génériques (Stork et
Richards, 1992 ; Little et Schenker, 1995 ; Robins et al., 2004 ; Kossinets,
2006) : dans le cas le plus simple, le contexte ne permet pas de collecter
de données sur la totalité des acteurs, mais seulement sur une partie d’entre
eux. Tandis que ce type de biais est généralement sans conséquence importante
dans l’étude traditionnelle des populations, où un plus petit échantillon d’acteurs
n’entraîne qu’une moindre représentativité et significativité statistique des
résultats, il en va tout autrement dans les études de réseaux où la définition
de la « frontière » influence fondamentalement les résultats (Laumann
et al., 1989). L’absence d’une
portion même limitée du réseau peut effectivement modifier radicalement les
propriétés topologiques de celui-ci,
parce que la plupart de ces propriétés sont définies de manière holiste. Ce phénomène est déjà bien
connu par exemple dans le cas de la percolation, où la connexité n’est
soudainement plus assurée dès lors que l’on dépasse un seuil critique sur la
densité des liens (Bollobas, 1985). L’étude des renchaînements en tant que
2-connexité du réseau de parenté est ainsi particulièrement concernée par ce
type de biais ; où l’absence d’un seul lien empêche de fermer un cycle
tout entier. Les problèmes
évoqués – les biais du corpus et l’interdépendance des configurations
matrimoniales – ont jusqu’à présent rendu très hasardeuse toute interprétation
du profil matrimonial d’un réseau de parenté empirique, sauf dans le cas (et
dans la mesure) où ils confirment une règle matrimoniale connue à l’avance.
Pour pouvoir évaluer l’impact des règles matrimoniales sur la structure des
réseaux de parenté, et, réciproquement, pour pouvoir tirer des inférences sur
la logique des comportements matrimoniaux à partir d’une analyse des réseaux
empiriques de parenté, il faut avant tout pouvoir comprendre la dynamique
interne des réseaux de parenté, leur articulation avec des facteurs non
généalogiques, et leur effet sur les conditions de leur propre observation. Les méthodes exigées
par une telle recherche s’inscrivent dans le champ de la simulation des réseaux
sociaux. Les caractéristiques mathématiques spécifiques des réseaux de parenté
constituent toutefois un contexte de modélisation particulier. D’une part, il s’agit
de modéliser la distribution et la composition de cycles dans des graphes
faiblement acycliques à partir d’une règle portant sur la formation (ou non) d’une
classe de cycles dûment définie ; d’autre part, il s’agit de modéliser la
reconstruction d’un graphe à partir d’un ensemble de sous-graphes égocentrés
dont la taille et la structure dépendent de la position d’Ego. L’idée de tester la significativité des circuits
matrimoniaux par une simulation sous l’hypothèse d’un choix matrimonial
aléatoire remonte à Hammel (1976), qui l’a utilisée comme outil critique contre
les modèles mécaniques de la théorie structuraliste de l’alliance. Depuis cette
date, plusieurs logiciels ont été développés pour simuler les comportements
matrimoniaux sous certains paramètres et contraintes à la fois démographiques
et culturels (voir par exemple Lang, 1995). Certains de ces logiciels – comme GeneoRnd de V. Batagelj (http://vlado.fmf.uni-lj.si/pub/‹networks/pajek/howto/geneoRnd.htm) – permettent la simulation
directe de réseaux généalogiques. En revanche, ces modèles ne permettent pas de
modéliser l’interdépendance des circuits matrimoniaux ou les impacts des biais
mnémoniques. De premiers pas dans ce sens ont été récemment amorcés. Ainsi, la
méthode de White (1999) de permutation aléatoire de réseaux empiriques (http://intersci.ss.uci.edu/wiki/‹index.php/Software:_Kinship_simulation), permet de conserver non
seulement des caractéristiques démographiques, mais aussi certains des biais
mnémoniques du réseau de départ. Le modèle de Read (1998) simule l’impact de
règles matrimoniales, formulées en termes du système culturel (en l’occurrence
!kung san), sur l’évolution démographique et les alliances entre villages.
Toutefois, il n’existe pas encore de méthodes pour simuler, de façon générale,
l’impact des règles matrimoniales sur la distribution globale des circuits
matrimoniaux dans un réseau de parenté, ni pour modéliser explicitement les
biais mnémoniques qui caractérisent les corpus généalogiques. L’enjeu du projet
consiste donc, à modéliser l’évolution de ces réseaux faiblement acycliques que
sont les réseaux de parenté, aussi bien au niveau « réel » (i.e.
des liens de parenté existant effectivement), par le biais des comportements (matrimoniaux) qu’au niveau
« virtuel » (i.e. des liens dont se souviennent les acteurs) par le biais de la mémorisation (généalogique),
ces deux niveaux étant étroitement interconnectés. Objectifs du projet
L’objectif de SimPa est d’aboutir à un modèle intégré de l’émergence
de circuits matrimoniaux dans les réseaux de parenté, ainsi qu’à des techniques
de simulation permettant la modélisation réaliste des réseaux utilisés par les
chercheurs (anthropologues, démographes, historiens et sociologues) étudiant ces
réseaux. Ces techniques seront implémentées dans des logiciels librement accessibles
et facilement utilisables. En même temps, ce projet contribuera, par l’analyse
de la dynamique d’un type spécifique de réseau, à la compréhension de la
morphogenèse des réseaux faiblement acycliques et à la théorie statistique d’événements
interdépendants. Cette double ambition – fournir aux sciences sociales un
instrument d’analyse indispensable et faire avancer un domaine méthodologique
important de la mathématique des réseaux – se reflète dans la composition des
porteurs du projet, qui réunit mathématiciens, statisticiens, démographes et
anthropologues. Plutôt que de simplement associer « fournisseurs »
et « utilisateurs » de modèles de simulation, le projet est motivé
par la nécessité de réunir des compétences différentes dans le développement de
produits finaux qui profiteront également aux disciplines impliquées : d’une
part, des algorithmes et logiciels de simulation applicables aux données
traitées par les anthropologues et les démographes, d’autre part, la
formalisation d’une structure mathématique spécifique qui peut servir de modèle
pour l’avancement de la théorie des graphes faiblement acycliques, dont le
champ d’application s’étend bien au-delà du domaine de la parenté (réseaux de
citations, etc.). Le but immédiat du projet consiste à résoudre, par voie de
simulation contrôlée, une série de problèmes
qui entravent jusqu’à présent l’interprétation de recensements de
circuits dans des réseaux de parenté, et, partant, toute tentative de fonder l’analyse
d’un système de parenté sur l’examen des pratiques matrimoniales empiriques :
ces problèmes concernent la distribution
attendue de circuits sous des hypothèses réalistes, la neutralisation des biais du corpus, et l’identification
des artefacts du réseau. Il s’agit donc de développer des modèles de l’évolution matrimoniale
et mnémonique des réseaux de parenté, d’implémenter ces modèles dans des
algorithmes et des logiciels facilement maniables et librement accessibles par
les chercheurs en sciences sociales, et de les tester sur un échantillon d’une vingtaine
de réseaux de parenté empiriques (issus de sociétés contemporaines et
historiques, « modernes » et « traditionnelles »). Les
modèles développés doivent être théoriquement neutres, c’est-à-dire
susceptibles d’être paramétrés selon les approches théoriques des chercheurs,
sans leur imposer a priori des hypothèses sur le fonctionnement des
comportements matrimoniaux ou sur les mécanismes de mémorisation. Puisqu’il s’agit de modéliser la totalité des configurations matrimoniales interdépendantes, sans
restriction préalable sur des motifs censés exprimer une règle matrimoniale, la
démarche préconisée consiste à se concentrer sur les interactions entre un type
de configurations jusqu’à présent privilégié dans les études de parenté – les mariages
consanguins – et un type de configurations très peu étudié en dépit de son
importance sociologique – les renchaînements de mariage (mariages entre
affins). Le fait que ces derniers, impliquant plusieurs liens de mariage, ne fassent
pas toujours l’objet de règles matrimoniales explicites, les qualifie en effet
comme un cas test pour étudier les effets des règles matrimoniales sur la
distribution globale des circuits matrimoniaux dans un réseau de parenté. Le traitement de ces problèmes promet des connaissances
approfondies sur la topologie des réseaux faiblement acycliques, dont les
réseaux de parenté ne sont qu’un cas particulier. En effet, les réseaux de
parenté offrent la possibilité de résoudre plusieurs problématiques théoriques
concernant les approximations présentes dans des données empiriques dans un cas
où les règles de relation et de formation semblent a priori plus strictes, plus contraignantes et donc aussi plus régulières que pour de nombreux autres
réseaux d’interaction : (1)
Les empêchements sociologiques (comme l’inceste)
ou structurels (comme ceux liés à la chronologie) qui contraignent formellement
l’existence de certains motifs dans les réseaux de parenté semblent beaucoup
moins présents dans d’autres réseaux sociaux réels (comme par exemple les
réseaux de collaboration, ou de communautés de blogueurs) où les régularités
strictement liées aux biais mentionnés ci-dessus semblent ainsi davantage
bruitées. (2)
La signification du lien est très rigide :
« être l’enfant de A » semble être moins polysémique que
« connaître B », « être l’ami de C », etc. Les réseaux
de parenté semblent ainsi présenter moins de difficultés de définition que d’autres
réseaux (« avoir interagi avec quelqu’un » – mais comment ?,
« avoir participé au même projet » - mais est-ce interagir
forcément ?, « connaître quelqu’un » ou « en être l’ami »
- à quel point et de quelle manière?, etc.). Le projet manifeste donc à la fois un intérêt pratique
éminent pour les études de parenté, en ce qu’il promet de débloquer la voie pour
l’identification et l’interprétation des motifs significatifs dans des réseaux
de parenté, et un intérêt théorique plus large pour la théorie des graphes et
la méthodologie de simulation. A ce dernier égard, le projet représente une
étude pionnière : il n’existe pas, jusqu’à présent, un modèle intégré de
simulation sous contrainte de données manquantes ou capable de contrôler les
artefacts du réseau, et le traitement statistique de motifs réticulaires (en
tant qu’événements interdépendants) est toujours à l’état embryonnaire. La contribution du projet SimPa relève donc aussi bien des
sciences formelles (mathématique et statistique) que des sciences sociales
(études de parenté). En fait, les problèmes principaux à traiter – telle l’interdépendance
entre circuits matrimoniaux d’une part, entre position généalogique et mémoire
généalogique d’autre part – se présentent à la fois sous un aspect mathématique
et sociologique, et un des grands défis de la théorie des réseaux sociaux
consiste à pouvoir distinguer les effets des deux types de déterminations. Sans
cela, on risque fort de vouloir chercher des interprétations sociologiques pour
des faits qui sont purement mathématiques.
Les indicateurs de réussite du projet, pouvant servir de
critère d’évaluation, se rapportent à ce double objectif : fournir
aux études de parenté des instruments pertinents pour l’interprétation des
données, et développer des concepts mathématiques et statistiques d’application
plus large dans l’analyse des réseaux sociaux. Références bibliographiques
Inclure la liste des références bibliographiques utilisées
dans la partie « Etat de l’art » et les références bibliographiques
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| Dernière mise à jour : ( 25-10-2009 ) |


